Communiquer sur les espèces envahissantes
Le Conseil des espèces envahissantes du Nouveau-Brunswick intervient lors d’une conférence consacrée aux impacts des espèces envahissantes.
Repenser la manière dont nous parlons des espèces envahissantes
Les scientifiques travaillent d’arrache-pied pour donner du sens au monde naturel. Mais il arrive parfois qu’il y ait un fossé entre la science et ceux à qui elle est censée s’adresser. Les sujets complexes et les termes techniques peuvent donner l’impression que la recherche relève d’une langue totalement étrangère. La communication scientifique est essentielle pour traduire des recherches et des sujets scientifiques, souvent déroutants et truffés de jargon, en concepts faciles à comprendre. D’une certaine manière, les organisations de sensibilisation et d’éducation à l’environnement jouent le rôle d’« interprètes » pour les chercheurs.
Sensibiliser le public à des sujets tels que le changement climatique, les espèces envahissantes, la perte de biodiversité et leur impact sur notre vie quotidienne constitue un élément essentiel pour faire évoluer les comportements. Il ne suffit pas de simplement aborder ces questions : le choix des mots que nous utilisons peut faire la différence entre le succès et l’échec de ces communications. Les noms que nous donnons aux espèces, les métaphores auxquelles nous recourons, les termes que nous employons et la manière dont nous présentons les processus écologiques : tout cela influence la perception du public, son engagement et même le succès des efforts de gestion. En tant que spécialistes des espèces envahissantes, communicants et éducateurs, il nous appartient d’utiliser un langage précis, efficace et inclusif.
Qu’y a-t-il un nom ?
Que voulons-nous dire lorsque nous affirmons que le langage que nous utilisons peut influencer la façon dont les gens perçoivent les espèces envahissantes et l’efficacité de leur gestion ? Voici un exemple pour illustrer ce point.
Cette plante à l’allure de mauvaise herbe que vous voyez ci-dessous est notre grand chardon du Canada – le fier chardon national de notre pays. Je plaisante, ce n’est pas notre chardon national ; en réalité, le chardon des champs est une plante envahissante et épineuse originaire d’Europe, d’Asie occidentale et d’Afrique du Nord. Alors pourquoi l’appelle-t-on « chardon des champs » ? Eh bien, cela remonte aux premiers colons, lorsque les colons américains ont accusé les commerçants français du Canada d’en être à l’origine.

Un champ de chardons rampants envahissants (Cirsium arvense). Photo : iNaturalist, © forest-stream-and-sea
Le fait est que le citoyen lambda qui découvre le « chardon des champs » pourrait supposer (à juste titre) que cette mauvaise herbe est indigène et donc bénéfique pour l’environnement. Cette supposition pourrait conduire à des plantations de chardon des champs, voire à une opposition à l’éradication de cette mauvaise herbe envahissante. Vous comprenez également en quoi cela peut avoir un impact sur le financement des projets de gestion liés au chardon des champs.
Si vous devez retenir une chose de cet article, c’est d’appeler le chardon des champs par son autre nom courant : « Cchardon des champs». S’il y a bien un nom qui crie « Je suis nuisible », c’est celui de Cchardon rampant chardon rampant. L’utilisation de noms communs plus appropriés et non nativistes, comme « chardon rampant », peut contribuer à réduire la confusion et à soutenir les efforts de gestion.
Au-delà de la confusion : quand les noms renforcent les préjugés
L’exemple ci-dessus illustre l’un des défis posés par les noms d’espèces liés à un lieu. Ceux-ci peuvent être trompeurs, inexacts et parfois chargés de connotations sociales. Les identificateurs géographiques sont en effet assez courants dans les noms d’espèces envahissantes. Pensez par exemple à à la renouée du Japon, au ou carpe . Ces appellations peuvent avoir des conséquences imprévues sur la communication et peuvent même susciter des divisions fondées sur la nationalité ou l’origine ethnique.
Selon la Société américaine d’entomologie:

Image d’un bruant à bec épais (Rhynchophanes mccownii). Photo : iNaturalist, © bocrees
«Ces noms perpétuent les préjudices à l’encontre des personnes de diverses origines ethniques et races, créent un environnement entomologique et culturel peu accueillant et non inclusif, entravent la communication et la sensibilisation, et vont à l’encontre de l’objectif même des noms communs.»
Alors, que pouvons-nous faire ? Eh bien, certaines espèces ont déjà été rebaptisées. Lymantria dispar, auparavant connue sous le nom commun de « papillon tzigane », s’appelle désormais « Spongieuse » en raison du caractère péjoratif de son nom commun d’origine. Parfois, ces changements de nom sont tout simplement logiques et peuvent même aider les gens à identifier plus facilement les espèces.
Prenez par exemple le bruant à gros bec, anciennement appelé « bruant de McCown » en référence à un général confédéré. Le nouveau nom commun de cet oiseau (à gauche) reflète son bec large et caractéristique, alors que « bruant de McCown » n’est pas très utile pour l’identifier (à quoi ressemble donc un « McCown » ?).
Adopter un langage plus approprié
Toutes les espèces ne seront pas rebaptisées. Mais il est tout aussi important pour nous d’éviter d’utiliser un langage militariste et extrême lorsque nous parlons des espèces envahissantes et de leur lutte. Des expressions telles que « remporter la bataille contre les espèces envahissantes », « défendre les écosystèmes contre les envahisseurs » ou « en première ligne face à l’invasion » peuvent rebuter certaines catégories de la population. Il est important de garder à l’esprit que ces espèces, bien qu’elles ne soient pas bénéfiques pour les écosystèmes canadiens, ne sont pas objectivement mauvaises, et que la seule raison pour laquelle elles se trouvent ici, c’est à cause de nous.
En abandonnant les métaphores préjudiciables au profit d’un langage axé sur la gestion responsable, nous pouvons susciter un soutien plus large en faveur des mesures de lutte contre les espèces envahissantes et veiller à ce que chacun se sente impliqué dans la protection des écosystèmes que nous partageons tous. Voici quelques mesures concrètes que nous pouvons tous mettre en œuvre pour adopter un langage plus inclusif :
- Utilisez des noms communs non liés à un lieu qui facilitent l’identification
- Évitez d’utiliser des termes qui présentent les espèces envahissantes comme des « ennemis » ou des « envahisseurs »
- Axez vos messages sur la gestion responsable et la préservation de l’environnement
- Gardez à l’esprit que les mots ont une portée sociale et culturelle
- Un langage inclusif favorise la participation
- Promouvoir l’espoir et l’action concrète
Vousou souhaitez-vous en savoir plus sur cette question ? Consultez le «Better Common Names Project» (projetpour demeilleursnomscommuns) de l’Entomological Society of America, ou découvrez les résultats de l’«Invasive Species Language Workshop» (atelier sur lelangagerelatif aux espèces envahissantes) organisé par le Michigan Sea Grant.
Pour en savoir plus :
- Lower, El, et al. « Recommandations issues de l’atelier sur la terminologie relative aux espèces envahissantes organisé par Sea Grant ». Management of Biological Invasions 16.3 (2025) : 865-878.
- Larson, Brendon MH. « La guerre des roses : démilitariser la biologie des invasions ». Frontiers in Ecology and the Environment 3.9 (2005) : 495-500.
- Cheng, Susan J., et al. « Promouvoir une terminologie inclusive en écologie et en évolution ». Trends in Ecology & Evolution 38.5 (2023) : 381-384.
- Shaw, Bret, Tim Campbell et Barry T. Radler. « Évaluation de l’impact des messages clés et des métaphores diffusés sur les réseaux sociaux visant à inciter les plaisanciers à s’informer sur la prévention de la propagation des moules zébrées. » Environmental Management 68.6 (2021) : 824-834.